Golfe de Panama : l’upwelling a disparu en 2025
📷 Paulette, Rene, Sally, Teddy, Vicky and Karina 2020-09-14 GOES-16 — Credit : Wikimedia Commons
L’eau est trop chaude. Le capitaine du petit navire de recherche le dit sans détour, en posant la main sur le bastingage comme pour vérifier lui-même. Trente ans qu’il navigue dans le golfe de Panama, et il n’avait jamais vu ça : en pleine saison sèche, la surface reste tiède, presque inerte. L’upwelling n’est pas venu.
Un moteur océanique en panne
Chaque année, entre janvier et avril, un mécanisme discret mais vital se met en marche dans le golfe de Panama. Des vents alizés soufflent fort depuis le nord. Ils poussent les eaux de surface vers le large. Et comme la nature a horreur du vide, les couches profondes remontent pour combler l’espace laissé libre. Ces eaux profondes sont froides, denses, chargées en nutriments : nitrates, phosphates, silicates. Une vraie soupe pour le plancton, base de toute la chaîne alimentaire marine.
Sur le terrain, ça ressemble à ça : une bande d’eau plus sombre, légèrement verdâtre, qui s’étend au large. Des frégates et des fous de Bassan qui tournent en cercles serrés au-dessus. Des bancs de poissons visibles en sonar à quelques mètres sous la coque. La vie, concentrée et visible.
En 2025, cette bande n’est pas apparue. Les chercheurs qui surveillent la région ont observé une anomalie majeure : les vents saisonniers sont restés anormalement faibles pendant toute la période critique ScienceDaily Earth. Sans cette force motrice, la mécanique de l’upwelling ne s’est tout simplement pas enclenchée.
Le chiffre qui change tout
La productivité océanique d’une zone se mesure en grande partie par la concentration de chlorophylle en surface, un indicateur direct de la présence de phytoplancton. Dans le golfe de Panama, cette concentration chute normalement en saison des pluies, puis explose lors de l’upwelling hivernal. En 2025, pas d’explosion. Les valeurs sont restées basses, proches des niveaux de saison humide, pendant des mois. Les températures de surface, elles, ont grimpé, certaines zones affichant des eaux jusqu’à plusieurs degrés au-dessus des moyennes historiques pour la période.
Ce n’est pas une métaphore : une mer plus chaude et moins productive, c’est moins de plancton, moins de petits poissons fourrage, moins de thons, moins de dauphins, moins de tout ce qui dépend de cette base. La cascade est directe et rapide.
Pourquoi les vents se sont-ils tus ?
La réponse courte : personne ne le sait encore avec certitude. La réponse plus longue est plus inconfortable. Les vents qui déclenchent l’upwelling panaméen sont liés à des gradients de pression atmosphérique régionaux, eux-mêmes influencés par les températures océaniques à plus grande échelle, par les schémas de circulation atmosphérique tropicale, et potentiellement par des phénomènes comme El Niño ou ses cousins climatiques.
En 2025, plusieurs facteurs semblent s’être combinés défavorablement. Les chercheurs pointent notamment un affaiblissement du gradient de pression entre l’Atlantique et le Pacifique au niveau de l’isthme de Panama, ce couloir de terre étroit qui joue un rôle clé dans la dynamique atmosphérique régionale. Quand ce gradient faiblit, les vents qui traversent les cols de montagne perdent de leur vigueur. Moins de vent, moins d’upwelling ScienceDaily Earth.
Ce qui rend la situation préoccupante pour les scientifiques, c’est que les modèles climatiques prévoient, à mesure que les températures globales augmentent, une modification des patrons de vents tropicaux. Le golfe de Panama pourrait donc ne pas avoir vécu une anomalie isolée, mais un avant-goût de ce que des upwellings affaiblis ou absents pourraient ressembler dans les décennies à venir.
Un écosystème sous surveillance
Le golfe de Panama n’est pas un coin reculé ignoré de tous. C’est une zone de pêche majeure pour les communautés côtières panaméennes et colombiennes. Des milliers de familles dépendent des captures saisonnières qui coïncident précisément avec la période d’upwelling. Les anchois, les sardines, les maquereaux affluent dans ces eaux enrichies. Les grands pélagiques, thons et marlins, suivent.
Sur le terrain, ça ressemble à ça aussi : des quais moins animés en février. Des glacières moins pleines. Des patrons de pêche qui rentrent plus tôt, avec des cales à moitié vides, sans dire grand-chose.
Les chercheurs soulignent que le golfe de Panama est l’un des rares systèmes d’upwelling tropicaux au monde, ce qui en fait un laboratoire naturel précieux pour comprendre comment ces mécanismes réagissent aux perturbations climatiques. La plupart des grands upwellings se trouvent dans des zones tempérées ou subpolaires, le long des côtes ouest des continents. Celui du Panama est une exception géographique remarquable, et cette singularité le rend d’autant plus vulnérable aux modifications des vents locaux.
Ce que 2025 nous dit pour la suite
Une seule année sans upwelling ne suffit pas à conclure quoi que ce soit de définitif. Les océanographes sont prudents là-dessus, et ils ont raison de l’être. Les systèmes marins ont une mémoire courte et une capacité de résilience qui peut surprendre. Si les vents reprennent leur force normale en 2026, l’upwelling reviendra, et avec lui une partie de la productivité perdue.
Mais 2025 pose une question que les données seules ne peuvent pas encore trancher : est-ce un accident climatique ponctuel, ou le signal d’un changement de régime progressif dans la dynamique des vents tropicaux du Pacifique oriental ? Les bouées de mesure restent en place. Les satellites continuent de photographier les températures de surface. Les chercheurs retourneront sur place l’hiver prochain, mains sur le bastingage, à guetter la bande d’eau sombre et verdâtre.
Elle viendra, ou elle ne viendra pas. Et cette simple incertitude, dans une zone qui nourrissait jusqu’ici ses côtes avec une régularité d’horloge, est peut-être le vrai sujet.
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📡 Source originale : ScienceDaily Earth



